Le pruneau là où on ne l'attendait pas ...

Des fraises sur ordonnances ?

Boire du café ... et conduire

Armagnac ou Aspirine ?

Le soja

Les huiles

La levure

Les hautes pressions

Les émulsions

Le stick

La paille

La canneberge

La castase

Découvrir

En Aquitaine

Des fraises enrichies en polyphénols, du pruneau pour soigner le transit? Et oui ça existe.
Les Oméga3, et les Oméga 6, où en trouve-t-on ? Quels sont les effets du soja, du café, de l’armagnac ? Les biotechnologies qu’est-ce que c’est ? 
Partez à la rencontre des molécules, plongez au cœur des laboratoires aquitains et découvrez le travail de nombreux chercheurs qui oeuvrent pour que l’alimentation devienne au quotidien l’alliée de votre santé.

Le pruneau là où on ne l’attendait pas…

Depuis 2007, un projet important nommé « Prunactive » rassemble des producteurs régionaux de pruneaux, comme « Maître Prunille », l’entreprise d’extraction Berkem, et des chercheurs de Bordeaux 2 et l’Inserm pour mieux connaître les propriétés du pruneau. Objectif : passer de l’allégation nutritionnelle (riche en fibres) à une allégation santé (prévient telle ou telle maladie). De premières études laissent, en effet, penser que les polyphénols contenus dans le pruneau pourraient prévenir certaines maladies métaboliques. Si cette hypothèse se révélait exacte et débouchait sur une allégation santé, l’Aquitaine, grand producteur de pruneau, disposerait d’un réel avantage sur ses concurrents.

Des fraises sur ordonnance ?

Il faut aller en Dordogne, dans le petit village de Douville pour trouver l’association Ciref Création Variétale Fraises Fruits Rouges, obtenteur au service des fraisiculteurs français. Sur un site de plusieurs hectares poussent des plants de fraisiers, sur lesquels les recherches donnent naissance à de nouvelles variétés. Parmi les critères de sélection, en plus de la qualité gustative, un nouveau paramètre entre désormais en jeu : les composés nutraceutiques, à la fois nutritionnels et bons pour la santé.

Question propriétés « santé », la fraise est justement dans le trio de tête des fruits les plus riches en polyphénols avec le litchi et le raisin. Grâce à une collaboration avec l’Inra* de Bordeaux, le Ciref dose le pouvoir antioxydant des polyphénols d’une centaine de variétés de fraises, afin de choisir les meilleurs géniteurs pour les croisements qui donneront les futures variétés et déterminer la région de l’ADN responsable de cette richesse en antioxydants. Toutes ces connaissances vont permettre de créer des variétés (non OGM) naturellement plus riches en antioxydants qui pourraient éventuellement prévenir le vieillissement des cellules, faire baisser les risques de cancer ou de maladies cardiovasculaires... Dans le monde, des essais cliniques sur l’homme sont en cours pour connaître le processus d’assimilation de ces polyphénols par le corps, et surtout savoir quelle quantité de fraises serait nécessaire pour un réel effet santé.

Inra* : Institut National de la Recherche Agronomique.

Boire du café…et conduire

On savait que le café avait un effet stimulant, restait à le prouver. Une portion d’autoroute entre Langon et Agen constitue une partie du laboratoire des chercheurs du GENPPHASS*. Au volant, un volontaire. Il est entre 3 et 5h du matin (période correspondant au pic accidentogène) et le but est d’observer le nombre de fois où par défaut de vigilance, il « mord » une ligne, avec et sans café dans l’estomac.

Plus de 20 personnes se sont prêtées à ce test et les résultats publiés fin 2007 démontrent que la prise de caféine (200-300 mg soit l’équivalent d’un mug) a un réel effet psychostimulant une demi-heure après son administration pour une durée d’efficacité d’1h30 à 2h. Cependant une importante variabilité existe entre les personnes, chacun étant plus ou moins réceptif à la caféine.
L’objectif est bien précis : éviter des accidents de la route dont 20 à 30 % sont liés à la somnolence au volant.

*GENPPHASS : Groupe d’Etudes NeuroPhysiologie Pharmacologie Sommeil et Somnolence (CHU, CNRS, INRETS).

Armagnac ou Aspirine ?

C’est l’histoire d’une découverte là où on ne l’attendait pas. En 1998 trois scientifiques* du sud-ouest se penchent sur la question du rôle de l’armagnac dans le french paradoxe gersois.

Le french paradoxe désigne l’apparente contradiction entre la pratique alimentaire des français et leur santé. L’exemple le plus connu étant les polyphénols du vin, qui peuvent ralentir le vieillissement des cellules.

En isolant les centaines de molécules présentes dans l’armagnac, ils découvrent en 2003 qu’en plus de ces fameux polyphénols, certaines molécules possèdent des propriétés médicamenteuses encore plus actives. Des phénols, tout petits et très simples, ont un effet anti-agrégant plaquettaire. Sous leur action les plaquettes s’accrochent moins aux parois des veines, ce qui contribue à limiter l’obstruction artérielle. C’est le même effet que l’Aspirine !

Ils ont pu valider cette propriété in vitro, puis chez le rat et enfin chez l’homme. Il s’agissait d’un panel de 20 personnes à qui l’on donnait 3 cl d’armagnac tous les jours pendant 2 semaines, avant qu’on ne mesure leur fonctionnement plaquettaire.

Mais on est encore loin de prescrire de l’armagnac sur ordonnance où d’en extraire les molécules pour en faire un médicament. Car les études cliniques nécessaires sont très longues et très coûteuses.

*Michel Boisseau du Centre hospitalier universitaire

Dr Garreau du Bureau national interprofessionnel de l'armagnac

Nicholas Moore du Centre d’investigation clinique

Le soja

Pas de doutes le soja a des vertus, et les premiers compléments alimentaires en contenant ont vu le jour dès 1998, à destination notamment des femmes ménopausées. Il contient en effet des phyto-oestrogènes, des molécules d’origine végétale qui ont une activité oestrogénique chez l’humain.

Mais tous les individus ne sont pas égaux face à cette molécule. Certains la conservent longtemps et en grande quantité dans le corps, d’autres la libèrent très vite : c’est ce qu’on appelle la biodisponibilité.

A l’Enita de Bordeaux, Catherine Bennetau étudie ce phénomène chez les consommateurs de compléments alimentaires au soja. Et l’enjeu est de taille, car les phyto-oestrogènes peuvent avoir des contre-indications et des doses à ne pas dépasser. Ainsi, s’il se pourrait qu’ils aient un effet de protection du sein, ils seraient à l’inverse néfastes chez les femmes déjà atteintes d’un cancer.

Les Huiles

Il y a 40 ans, en France on ne consommait qu’une seule huile : l’huile d’arachide. Aujourd'hui on prendra de l’huile de colza pour les Omega 3, de l’huile d’olive pour les polyphénols, celle de tournesol pour les Omega 6 et la vitamine E ... bref, l'huile est devenue l' « aliment santé » par excellence. L’Iterg, l’Institut des corps gras à Pessac est bien placé pour le savoir.

A la fin des années 90, alors que les experts nutritionnistes révisaient les apports nutritionnels conseillés pour les lipides, ses équipes de biochimie nutrition menaient « l’étude Aquitaine » qui a permis d’évaluer la consommation et les origines alimentaires des deux acides gras indispensables Oméga 6 et Oméga 3 : apports suffisants du premier mais trop faibles du second avec un rapport très éloigné de « l’idéal » nutritionnel fixé actuellement encore à 1 Oméga 3 pour 5 Oméga 6. Après le lancement d’Isio 4 en 1990, l’huile de colza réapparaissait sur le marché au début des années 2000 ; depuis de nombreux produits alimentaires enrichis ou naturellement riches en Oméga 3 ont été commercialisés. Une autre étude conduite en 2007 par l’Iterg avec l’Inra et le service de pédiatrie de l’hôpital Pellegrin à Bordeaux laisse entrevoir une évolution favorable des habitudes alimentaires vers ces « nouveaux » produits.

Aujourd’hui, l’Institut oriente ses recherches vers l'effet des Oméga 3 et de la nutrition lipidique en général sur le vieillissement de notre cerveau.

La levure

On associe souvent la levure et la fermentation et à nos aliments : le pain, le vin, la bière, les yaourts. Mais savez-vous que de nombreux produits pharmaceutiques sont fabriqués avec la même technique ?

Saf Isis dans les Landes produit des arômes pour la cosmétique et l’agroalimentaire par le procédé de fermentation. Et depuis quatre ans, cette société s’est lancée dans la production de probiotiques : des compléments alimentaires servant à restaurer la flore intestinale.

De son côté, la jeune société Mitropod produit de l’ARN (Acides Ribonucléiques) grâce à de la levure de boulanger. Cette nouvelle classe de médicaments permettrait de soigner certains cancers.

Les Hautes Pressions

Qu’il s’agisse d’un médicament ou d’un aliment, tout produit que l’on consomme doit être épuré des microorganismes. Une technique consiste à le chauffer, mais la température libère tant d’énergie, qu’elle abîme même les molécules utiles - les principes actifs.

Développé par l’agroalimentaire, un autre système - les hautes pressions - est en train de basculer dans le giron pharmaceutique. Car par comparaison avec la température, il développe peu d’énergie. On dépense pour 1 litre d’eau la même énergie en augmentant sa température de 20 à 25°C qu’en le comprimant de 1 bar à 4000 bar !

Le système des hautes pressions est un paramètre doux , il comprime le produit, il ne détruit pas les molécules mais il les déstructure, et si le dosage est bon, on arrive à ne toucher que les microorganismes, sans altérer les principes actifs. C’est tout le travail du Centre de Ressources Hautes pressions de l’ICMCB (CNRS-Université de Bordeaux) et de nombreux collègues de Bordeaux 2, spécialistes des biosciences s’intéressent de près à cette technique.

Pourrait-on utiliser la pression pour inactiver les micro-organismes susceptibles de contaminer certains équipements du secteur hospitalier…, pour- au niveau de son action sur les protéines- mettre au point de nouveaux médicaments ?

En ce début du XXIe siècle de larges domaines d’investigation sont à développer à l’interface entre Physico-chimie et Biologie.

Les Emulsions

Du magnésium pour la mémoire, de la vitamine C pour la forme…de plus en plus d’industriels sont tentés d’enrichir nos aliments de ces molécules « santé ». Mais ce n’est pas si simple…car dans les aliments, ces principes actifs peuvent se disperser, perdre leurs propriétés ou même donner un très mauvais goût ! Comme pour un médicament, il est alors important d’arriver à encapsuler ces molécules, pour qu’elles ne bougent plus.

Au laboratoire des Milieux dispersés alimentaires (Istab) on travaille sur des émulsions pour une supplémentation des aliments en magnésium par exemple. Des gouttes d'eau contenant du magnésium sont dispersées dans de l’huile, qui est elle-même dispersée dans de l’eau. Cet ensemble, appelé émulsions doubles eau-dans-huile-dans-eau, pourrait être ensuite intégré directement dans un produit alimentaire, tel que le yaourt. On le sait, l’eau et l’huile ne se mélangent pas, c’est le principe de l’émulsion, le magnésium est donc encapsulé dans les gouttes.

Le défi des chercheurs du laboratoire est d'optimiser cette encapsulation durant au moins un mois, la durée de vie d’un yaourt… car le magnésium a la fâcheuse tendance à s’échapper petit à petit. Divers paramètres de formulation (nature de l'huile, température, concentration en huile...) ont été testés afin d'améliorer cette stabilité pour de possibles futures applications.

Le Stick

En France, 3 millions de personnes souffrent de sécheresse buccale, une maladie qui les prive de salive et les empêche de parler ou de manger. Les scientifiques d’Unither, une entreprise pharmaceutique du Haillan, se sont penchés sur ce problème. Et ils se sont aperçus que le blanc d’œuf avait la même protéine que la salive, et pouvait jouer le rôle de substitut. En 2008 ils déposent un brevet et mettent au point un produit : le stick©. L’ingrédient de base : le blanc d’œuf bien sûr, qu’Unither achète sous forme poudre auprès d’industries alimentaires. Elle est ensuite mélangée à de l’eau et du gélifiant, ce qui lui redonne l’aspect…de blanc d’œuf, mais qui a quand même subi quelques petits arrangements, notamment du point de vue de la conservation !

Le stick © a un goût neutre, on peut le garder en bouche plusieurs heures et en prendre 5 à 6 sachets par jour.

La Paille

Directement inspiré d’une une société australienne qui fabrique des pailles avec pépites de chocolat ou vanille intégrés, Unither pense aussi à développer des médicaments sous cette forme. Un procédé d’administration innovant, qui permettra de faciliter la prise de médicaments chez les enfants. Le principe est simple : dans la paille, un principe actif sous forme de granules, du paracétamol par exemple. Quand l’enfant aspire de l’eau, le médicament s’y dissout. Et il vire d’une autre couleur quand toutes les molécules actives ont été absorbées.

La Canneberge

La Panacée des plantes, une jeune entreprise basée à l'Agropôle d'Agen, produit des jus un peu particuliers. En plus de mélanges de fruits choisis pour leur goût et leurs qualités nutritionnelles (raisin-pruneau, orange-acérola), ils contiennent le principe actif (la molécule «santé») de plantes bien connues de la pharmacie : olivier contre les jambes lourdes, eucalyptus pour dégager les voies respiratoires, pissenlit pour affiner la taille.

Entre l'aliment et le médicament, ces jus commercialisés sous la marque Fructivia, entrent dans la catégorie des compléments alimentaires. «Confort urinaire» est à base de canneberge, connue pour empêcher certaines bactéries de se fixer aux parois de la vessie, et contient les principes actifs de nombreuses plantes comme la bruyère ou la busserole
qui ont des propriétés antiseptique urinaire et diurétique.

Ce produit a de beaux jours devant lui : le marché des infections urinaires est passé de 4 à 15 millions de dollars en France entre 2004 et 2006, après que la canneberge ait eu son allégation santé, c'est à dire que ses qualités aient été scientifiquement et officiellement reconnues.

Le saviez-vous ?

L'engouement pour les aliments fonctionnels pourrait changer le visage de l'agriculture.

Aux Etats-Unis, lorsque la canneberge a reçu une allégation santé pour la prévention des infections urinaires, le prix du baril est passé de 37 à 137 USD, mais surtout la surface de canneberge cultivée a été multipliée par deux !

Castase

C’est l’histoire de deux professeurs de médecine, l’un à Rennes, l’autre à Bordeaux, qui s’associent pour préparer des petits plats à leurs patients atteints de cancer.

A Rennes, Jacques-Philippe Moulinoux travaille sur les polyamines, des petites molécules indispensables à la multiplication cellulaire. Si chaque cellule normale fabrique les polyamines dont elle a besoin, les cellules cancéreuses en nécessitent dix mille fois plus pour se diviser, et cet excédent, elles le trouvent dans nos repas de tous les jours. Certains produits en contiennent beaucoup : concentré de tomate, champignon de Paris, brocolis, …d’autres ont des teneurs très faibles : maquereau, carotte râpée, cœur d’artichaut…JP Moulinoux montre alors qu’un régime pauvre en polyamines réduit la prolifération des métastases de 40 à 60%.

Et ce n’est pas tout. Il remarque que les polyamines auraient également un effet sur la douleur. Et pour en avoir le cœur net, il fait appel au bordelais Guy Simonnet, spécialiste en la matière. Qui confirme : un régime pauvre en polyamines réduit les métastases mais aussi la douleur.

En 2006, les deux médecins créent une société : Nutrialys, et un produit : Castase. Il s’agit de canettes alimentaires, pauvres en polyamines et remboursées par la sécurité sociale, que les patients consomment en synergie avec les traitements habituels, comme la chimiothérapie.